Deux retours en un. Près de trois mois après une visite à la Pitié-Salpêtrière, Emmanuel Macron est revenu dans cet hôpital parisien pour une rencontre surprise avec des médecins. L'occasion pour le chef de l'État de revenir aussi, sous forme de mea culpa, sur le plan santé qu'il avait lancé face au malaise persistant des personnels soignants.
Avant l'épidémie de coronavirus, ils enchaînaient déjà les grèves pour dénoncer leurs conditions de travail dégradées et leur faible rémunération. La crise n'a rien arrangé, elle a même agrandi le fossé.
Attendu au tournant
« On est désespérées, on ne croit plus en vous » , a ainsi lancé une infirmière au président de la République, à l'unisson de l'ensemble de ses collègues. . « On a sans doute fait une erreur dans la stratégie annoncée (…) C'était une super stratégie mais à faire dix ans plus tôt, a concédé le chef de l'État. J'étais convaincu qu'on était en train de changer les choses (…) C'est très cruel pour moi-même ». Encore plus lorsqu'on rapporte ce mea culpa aux déclarations d'Emmanuel Macron le 14 novembre 2019 à Epernay.
Ce jour-là, pendant que les personnels soignants défilent à Paris, il improvise une déclaration à leur attention pour vanter son plan d'urgence pour l'hôpital public. « Les bonnes décisions ont été prises, assure alors le chef de l'État. Le plan mis en œuvre est le bon mais il ne va pas assez vite ». Six mois plus tard, la crise de l'hôpital est toujours là, exacerbée par l'épidémie de coronavirus et l'épuisement des soignants.
Au-delà d'un plan de sauvetage d'urgence de l'hôpital, Emmanuel Macron est surtout attendu au tournant de son « quoi qu'il en coûte » lancé au début de l'épidémie. « Nous entrons dans une dynamique de réforme de notre hôpital public, avec un volet rémunération et carrière, un volet investissement, un volet gouvernance et réforme », a assuré le chef de l'État en évoquant un « Ségur », du nom de l'avenue où est installé le ministère de la Santé. Une référence aux accords de Grenelle de 1968, lorsque, au terme d'un mois de crise sociale, les discussions entre le gouvernement, les syndicats et le patronat avaient débouché, entre autres, sur une augmentation de 35 % du salaire minimum et de 10 % en moyenne, pour les autres salaires. Ces accords avaient été négociés au ministère du Travail situé rue de Grenelle. Depuis, le terme est devenu générique pour désigner une remise à plat du système. Emmanuel Macron n'a jamais beaucoup apprécié ces grands-messes.
Depuis le début de son mandat, les occasions n'ont pourtant pas manqué d'en organiser. Après la crise des « gilets jaunes », le leader de la CFDT Laurent Berger avait proposé d'organiser un « Grenelle du pouvoir de vivre ». L'exécutif avait écarté l'idée. Emmanuel Macron n'y échappera pas cette fois. À la différence près que pour les personnels de santé, cela s'appellera donc un « Ségur » et qu'Emmanuel Macron a tout de même posé quelques conditions préalables. « Oui, on va investir », a-t-il promis. Mais « je n'ai pas envie non plus qu'on revienne à l'étape d'avant ».
Le Source: Le Figaro
